Ma mère est mourante!

Maurice Descôteaux

 

Ma mère est entrée en CHSLD au début décembre dernier. Aujourd’hui, elle est à quelques jours, ou à quelques heures même peut-être, de passer de ce monde à l’éternité. Avec mes sœurs et frères, je me rends à son chevet à tous les jours. Ou presque, selon les circonstances.

 Quelques traits que je qualifie de « nouveaux » dans nos rapports avec elle éveillent en moi quelques réflexions.

Le premier trait? Notre niveau de langage a changé. Nous ne discutons plus avec elle, nous l’écoutons. Ses besoins, qui ne sont pas des caprices, sont des nécessités. Nous désirons tous pour elle qu’elle soit en paix, sans souffrances étouffées par crainte de déranger et être de trop.

Le second. Tous mes sœurs et frères avec moi avons accepté sans discuter ses choix de fin de vie. Ceux-ci ont été abordés avec une préposée du CLSC il y a six mois passés. Parmi eux, il y avait l’euthanasie, si joliment appelée « l’aide médicale à mourir » pour faire bien, qu’elle a refusée tout net. Et personne parmi nous n’est revenu sur cette décision, n’y ont même fait allusion, dans le respect le plus total.

Un troisième. Notre amour envers notre mère s’est approfondi. S’il pouvait être marqué jusque-là par ses erreurs passées, sa fragilité soudaine a fait tomber les chaînes. Comme mon plus jeune fils m’a dit lorsque sa mère et ma bien-aimée est décédée : « Nous savons que vous nous aimiez et vous avez fait tout ce que vous avez pu! » Formulation toute simple qui sait reconnaître l’amour reçu tout autant que les manquements qui n’ont pas manqués aussi mais vécu dans un accueil et un pardon. Nous nous savons aimés de notre mère, malgré ses erreurs.

Et un dernier? La proximité de sa mort élève l’âme et le cœur. Chez d’aucuns, en tout cas. Dans notre famille, en moi, c’est le cas. « Et notre cœur n’est-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand nous communions avec elle à ses derniers instants de vie? Son regard à elle, quand il se fixe sur nous avant de s’éteindre à tout jamais, n’est-il pas « braises ardentes » qui va au-delà du regard, mais qui fouille jusqu’à l’âme? À l’âme, et bien au-delà!