VIE, UNE COURSE ININTERROMPUE !

Père Prosper Kuakasa Kasongo cp.

 

Une année s’en est allée, 2025, une autre a pris immédiatement le relais, 2026. Une course finie, une autre commence. Au bout de la finissante, quel bilan affiche le coureur? Un épuisement ! De la fatigue ! Devant ce bilan, ne serait-il pas question d’une envie et d’un besoin de se reposer et de refaire ses énergies?

En effet, nous voici à la première semaine de la nouvelle année et à la reprise des activités après les grandes fêtes de fin d’année et du nouvel an. La course s’enchaîne, non-stop ! À l’instar des athlètes, on a envie de s’arrêter, de respirer, de respecter son propre rythme en écoutant son corps et ses désirs, mais hélas, on se retrouve dans la cadence infernale et effrénée que nous impose la société.

Quelles tensions évidentes ! N’est-il pas le cas de la majorité de personnes de notre société contemporaine? Même les bébés n’en sont pas épargnés. Déjà très tôt, ils doivent subir l’interruption de leur sommeil sécuritaire de l’ambiance familiale. Ils sont apprêtés pour être déposés, à ‘leur job’, à la garderie! Et que dire de parents en agitations ici et là, devant accompagner les enfants dans toutes leurs diverses activités tant scolaires que parascolaires? Malgré l’accomplissement de leur devoir envers les enfants, ils se retrouvent en même temps angoissés par l’acharnement à respecter des règles émises par la protection de la jeunesse.

Bien entendu, tant que le moteur tourne, le cœur bat, le sang circule, qui pourrait échapper? Vouloir échapper à cette cadence infernale et effrénée de vie contemporaine, qui, cependant, aliène tous et toutes, c’est risquer de sombrer dans la marginalité et se retrouver en déphasage au regard du système impitoyable du monde d’aujourd’hui qui dicte tout.

Oui, la vie est une course ininterrompue. Oui ! Mais, en même temps celle contemporaine se caractérise, comme l’avait vue le philosophe Georg Simmel (1903), par ‘l’intensification de la vie nerveuse’. Alors, comment la faire, cette course? Faut-il se laisser aller dans sa cadence infernale qui frise l’aliénation, les inquiétudes, la nervosité et l’accumulation de stress? Et pourtant, toute personne aspire à goûter l’équilibre et le bien-être de soi. Ne serait-il pas question de discerner comment mener sagement cette vie de façon équilibrée?

Un appel à l’aide? Certes! Parmi des réponses à l’appel à l’aide, le mouvement `Slow living’ 1se propose. ‘Slow living’, dit autrement : ‘vivre lentement – en rythme

tranquille’ – ‘vie en ralentie’, c’est un concept, un état d’esprit, ‘une philosophie de vie qui propose de ralentir le rythme de son quotidien, et d’en profiter pour cultiver la pleine conscience et vivre de manière plus respectueuse de l’environnement’. Au lieu de chercher à aller plus vite, on privilégie la qualité. Souvent, cela implique de ralentir, d’en faire moins et de consacrer le temps nécessaire aux choses essentielles qui comptent vraiment. Cette philosophie fait face à la culture du submergement, de la vitesse et de la surconsommation dans laquelle nous vivons. Cette culture exalte les ‘pseudo-valeurs’ de la performance et de la productivité, au détriment d’une existence plus équilibrée et forte de sens. Pour se procurer ce bien-être harmonieux et équilibré, cette philosophie offre comme lignes de conduite, entre autres :

· Apprendre à dire non; non aux trop de sollicitations et d’engagements, parfois de superflus, pour ne choisir et ne s’atteler qu’aux essentiels, aux prioritaires et aux stricts nécessaires. Ce qui demande un bon discernement et une évaluation dans son emploi de temps.

· Se débrancher de tout branchement qui pousse à la dispersion et au papillonnement – tels les réseaux sociaux et/ou autres – pour se retrouver avec soi-même et être avec soi dans le moment présent. Savoir apprécier pleinement l’instant présent. Ceci permet en même temps de :

· Reconnecter avec des gens qu’on aime et avec la nature – l’environnement, qui rayonnent de l’énergie positive et offrent la détente et le bien-être.

· Pratiquer au quotidien des activités plus « lentes » comme la lecture, le dessin, la marche – marche dans la nature, les loisirs sains relaxant, le yoga et la méditation…

Sans en présenter la liste exhaustive, considérons que ‘l’idée globale derrière le slow living est de reconnecter avec sa vie et de mettre l’accent sur l’essentiel’, envie du bien-être en soi.

Une autre réponse serait l’enseignement du Christ : « à chaque jour suffit sa peine » (Math. 6. 34). Mener la vie avec le principe : ‘à chaque jour suffit sa peine’, c’est opter à vivre de l’essentiel, à focaliser sur le moment présent, le ‘ici et maintenant’ – le ‘hic et nunc’ et à laisser de côté les inquiétudes, surtout celles du lendemain. Qui de personnes humaines a-t-elle eu la totalité de la maîtrise et de la connaissance de la vie du lendemain? Certes, on se donne des projets d’avenir, on les envisage, mais leurs résultats exacts restent inconnus dans le présent; ils sont, au fait, hypothétiques. N’ayant la maîtrise d’aucun paramètre de réussite ou d’échec de ces projets, personne n’a l’assurance, ni la garantie de comment les choses se passeront malgré toutes nos projections, soucis et craintes. Les ennuis que nous prévoyons pour demain peuvent ne jamais se produire (Prov. 27:1).

Si nos courses effrénées et nos inquiétudes pour le lendemain sont dictées par le gain, c’est-à-dire, par le fait de gagner ou de recevoir tout ce que le monde a à offrir (argent, gloire, plaisir, pouvoir, prestige, etc.), Jésus attire notre attention et nous pose cette question fondamentale : « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il ruine sa propre vie ? » (Marc 8. 36; Math. 16. 26). Donnons-nous de lire cette question du point de vue phénoménal et non exégétique. Ainsi, cela nous permet d’accueillir les propos suivant dans les livres de Job et de psaumes : « Et Satan répondit à l’Éternel: Peau pour peau! tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie. » (Job 2. 4). « Car il n’emporte rien en mourant, ses trésors ne descendent point après lui. » (Ps. 49. 17). Ainsi, depuis la nuit de temps, aucun humain n’a pu porter le monde entier sur sa tête, ni sur son dos. Et aucun humain n’est descendu à la tombe avec ses avoirs et ses prestiges… excepté ce que les vivants restent dire de lui ou organiser en sa faveur auprès sa disparition.

Finalement, faudra-t-il que l’on dise: ‘rien ne sert à courir, vivons simplement, au rythme apaisé pour l’équilibre de soi et le bien-être de chacun et chacune’

Heureuse Année 2026!