Maîtrisable et immaîtrisable
Le lundi 16 mars, à 5 h 40, en voulant sortir de la maison, je me suis retrouvé devant une entrée remplie de neige. Alors que les artères de Rouyn-Noranda étaient couvertes d’environ 24 centimètres de neige, de nombreux services ont été fermés : congé circonstanciel — forcé — pour bon nombre de travailleurs, d’étudiants et d’élèves. Plusieurs programmes journaliers ont été annulés et avortés.
Le mien, le plus matinal, consistait à transporter un bébé et sa mère au CPA Saint-Bonaventure. Impossible d’offrir ce service de générosité avec ma Toyota C-HR XLE. Quelle limitation imposée par cette tempête hivernale, phénomène connu sous le nom de « tempête des corneilles » ! D’ailleurs, depuis quelques jours, on les entend crailler.
On dit : « il pleut », « il neige ». Ne s’agit-il pas là d’expressions de constat, de ce qui arrive — the happening ? Qui en a la maîtrise ? Qui peut empêcher leur avènement ? La météo, à travers ses calculs de probabilités, ne fait qu’observer, constater et prévenir. Et pourtant, à l’occasion de grands événements et devant de grandes personnalités, on aimerait éviter la pluie, la neige ou le vent violent, surtout lorsqu’il s’agit de tempêtes. Mais non : la nature s’impose et nous oblige à modifier ou à revoir nos programmes.
Posons-nous la question : l’être humain peut-il maîtriser et coordonner ce qui advient naturellement dans le monde ?
Le rythme de l’apparition du soleil, l’intensité de la chaleur de ses rayons, le cycle et la quantité des chutes de neige ou de pluie, la régulation de la température atmosphérique, la violence du vent, la tornade, l’ouragan, la déchéance de nos cellules corporelles, la mort… Si l’être humain est capable de maîtriser, de contrôler et d’orienter, dans une certaine mesure, certains événements du monde et certaines situations de la vie, il demeure des réalités qui lui échappent et qui restent immaîtrisables.
L’être humain peut observer l’univers, utiliser, manipuler et transformer les matières issues, surtout, de la planète Terre ; mais il ne peut créer un élément en dehors de ce qui existe déjà. Beaucoup de choses peuvent être inventées, fabriquées et réalisées à partir de l’existant, mais rien ne vient à l’existence par lui seul. Issu de la nature, il demeure produit de la nature.
Prétendument, l’être humain se déclare maître de l’univers ; pourtant, il n’en est qu’un simple utilisateur. Oui, il maîtrise l’usage, mais jamais l’auto-existence, ni la capacité de faire exister. Ainsi, devant l’immaîtrisable, c’est l’humilité qui s’impose ; elle nous invite à nous acclimater aux conditions et à notre environnement.
Au Maître de l’Univers, respect et obéissance, nous dit Isaïe :
« Qui a dirigé l’Esprit de l’Éternel, et l’a instruit comme l’homme de son conseil ? Avec qui a-t-il tenu conseil, et qui lui a donné l’intelligence, qui l’a instruit dans le sentier du juste jugement, qui lui a enseigné la connaissance et lui a fait connaître le chemin de l’intelligence ? » (Ésaïe 40, 13-31)
Feuillet paroissial