Sacré Carême!

Maurice Descôteaux

 

Il n’y a pas si longtemps encore, le temps du carême signifiait « privation de dessert ». Quand j’étais enfant, cela voulait dire que, du Mercredi des Cendres jusqu’à Pâques, finit les tartes, les gâteaux, les sucreries sous toutes ses formes. C’était une véritable privation, sauf les dimanches cependant. Dimanche, on se bourre, on fait le plein pour la semaine.

Il faut dire que nous avions la chance de vivre tout un événement le Mardi gras, la veille du Mercredi des Cendres. Tout à fait comparable à l’Halloween, nous pouvions nous déguiser et faire le tour des maisons du village à la quête de quelque friandise qu’il nous sera permis de déguster le jour de Pâques. Cet « événement » dans la vie des enfants que nous étions avait le don de « pardonner » au carême ses restrictions incompréhensibles. Si quelqu’un nous demandait c’est quoi le Carême? Nous répondions : « pas de bonbons ni de dessert ». Toute sa signification résidait là. Et sans trop savoir pourquoi.

Certes, le carême est un temps de privation mais qui se vit comme une sorte de retraite spirituelle. Il invite à un retour sur soi et sur tout ce qui nous sépare de Dieu et de l’amour de nos frères et sœurs dans la foi. Il est donc à vivre comme un temps de joie puisque de retour à Dieu. C’est en ce sens que, dès le Mercredi des cendres, la Liturgie de l’Église cite le livre d’Isaïe (Is 58, 1-12) qui proclame : « Le jeûne que je préfère, dit Dieu, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref, que vous mettiez en pièces tous les jougs! (…) Si tu élimines de chez toi le joug, le doigt accusateur, la parole malfaisante, si tu cèdes à l’affamé ta propre bouchée et si tu rassasies le gosier de l’humilié, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme un midi. » Voilà le carême qui plait à Dieu! Et qu’il fait bon de vivre!