Pour une Église qui accueille et qui écoute
Je me souviens d’avoir découvert, en regardant par une ouverture dans une porte décrépite de mon village natal, une vaste salle de cinéma abandonnée. Un écran géant dominait la pièce. Les bancs, couverts de poussière, attendaient encore les spectateurs d’autrefois. Je me suis demandé à quel moment la salle avait cessé ses projections.
Quelques années plus tard, vers 1978, alors que j’avais une vingtaine d’années, mes lectures du Nouveau Testament m’ont fait découvrir les premiers rassemblements chrétiens, dans les années qui ont suivi la Résurrection. On y évoque des fidèles arrivant parfois en état d’ébriété, des pauvres cédant leur place aux riches selon le désir de l’hôte. On devine toutefois des repas communautaires, des banquets ponctués de prières et de chants en mémoire de Jésus de Nazareth. Au cœur de ces rencontres se trouvait la communion : rompre le pain, partager la coupe. C’était la forme originelle de nos messes contemporaines. La dernière Cène elle‑même s’est déroulée autour d’un repas.
Ces lectures m’ont donné un aperçu de la culture du premier siècle, où l’Église primitive apparaissait comme une véritable communauté : des personnes qui se connaissaient, se côtoyaient, partageaient une même foi et une même vie.
Je me suis aussi demandé, à l’entrée d’une église, à quel moment la table du banquet avait été déplacée pour devenir un autel, et quand les bancs alignés comme dans un théâtre grec ou romain étaient devenus la norme. À quelle époque le rassemblement dominical est-il devenu obligatoire sous peine de péché mortel? Quand l’interaction fraternelle a-t-elle cédé la place à des assemblées d’étrangers?
Aujourd’hui, notre Église diocésaine entreprend un virage pour redevenir un rassemblement de communautés vivantes. Le thème pastoral choisi pour les trois prochaines années — « Pour une Église qui accueille et qui écoute : Bienvenue chez vous ! » — veut raviver cette dimension essentielle.
Car l’espérance chrétienne demeure la même : ce qui a été peut renaître. Là où des bancs alignés ont remplacé la table du partage, une communauté peut se relever. Là où des inconnus se côtoient sans se connaître, des frères et sœurs peuvent se retrouver. L’Église peut redevenir un foyer. Et chacun, un invité attendu.
Feuillet paroissial